La Peinière, Sanctuaire Marial depuis le XVIe siècle
DE L’ERMITAGE AU SANCTUAIRE: UNE HISTOIRE FÉCONDE
Vers 1580, dans le village de La Peinière, près de Châteaubourg, un paysan retire des ruines d’un ancien ermitage une statuette de la Vierge. Il la dépose précieusement auprès de la fontaine non loin de là. Les habitants qui viennent puiser de l’eau à la source prennent l’habitude de prier devant la statuette. Rapidement, une grotte en forme de four est construite pour l’abriter. Celle-ci est remplacée par un oratoire en bois. Peu à peu, la dévotion populaire grandit. L’oratoire voit affluer, chaque année, un nombre croissant de pèlerins, particulièrement lors des fêtes mariales.
Une première chapelle en pierre est érigée en 1840 pour répondre à l’affluence croissante des pèlerins et des témoignages des grâces obtenues– exvotos. La statuette de la Vierge est conservée dans un reliquaire.
À partir de 1842, le pèlerinage de La Peinière est approuvé par l’Archevêque de Rennes et un chemin de croix est érigé.
En 1867, Maurice du Bourg, capitaine aux Zouaves Pontificaux, obtient du Pape des reliques du voile et du tombeau de la Vierge à Jérusalem. Elles sont déposées avec la statue sous le maître autel.
Le P. Jean-Baptiste Huchet, recteur, commanda en 1877 une nouvelle statue de Marie au sculpteur rennais L. Gaumerais. Il s’inspire de la statuette d’origine et crée un style nouveau, plutôt rattaché au temps d’Anne de Bretagne. Cette même année, l’abbé Huchet, pour pallier l’exiguïté de la chapelle, décide de faire construire un nouvel édifice.
C’est Henri Mellet qui est choisi avec son projet de coupole octogonale avec absidioles. La chapelle est bénite en 1900.
Le 31 août 1910 est implantée la Croix de Jérusalem face à la chapelle. Le 8 septembre 1926, se déroulent les Fêtes du couronnement de la Statue en présence de 50 000 personnes.
Tout au long du XXe siècle, la renommée du sanctuaire ne cesse de croître et avec elle le nombre de pèlerins.
Aussi, en 1956, un podium fixe est érigé pour permettre les célébrations en plein air du pèlerinage diocésain qui pouvaient accueillir jusqu’à 10 000 personnes.
En 1990, à l’initiative de l’abbé André Saint-Cast, alors recteur, un abri du pèlerin est construit afin d’accueillir retraites, recollections et rencontres spirituelles.
La statue de Notre-Dame de la Peinière
La découverte de cette statue a, comme on peut l’imaginer, sa part de légende et de tradition populaire, qui décèle, sans doute , une part plus ou moins importante de vérité. D’après des fouilles, faites dans les champs qui avoisinent le sanctuaire de la Peinière, le village était autrefois plus important qu’aujourd’hui. Parmi les constructions découvertes, l’une d’elles devait appartenir à un ermite, c’était une simple maison, près d’une fontaine.
Un jour, un paysan du nom de Chopin, voulant remettre en culture un terrain abandonné, heurta du soc de sa charrue un bloc informe recouvert de terre. Intrigué, il gratta l’argile qui adhérait à ce bloc et reconnut une statuette de la Vierge, en bois, assez grossièrement sculptée, qu’il emporta le soir dans sa maison.
Le lendemain, il fut étonné de ne plus retrouver la statuette chez lui. Elle avait disparu. Il la retrouva près de la fontaine, où la veille, il l’avait découverte. Le soir de ce même jour, il remporta la statuette dans son logis et le même phénomène se reproduisit. Il avertit le recteur de Saint Didier. Celui-ci mit la statue dans sa chambre et prit soin d’en fermer la porte pendant la nuit. Le jour suivant, on retrouva, encore une fois, la statue auprès de la fontaine. La preuve était faite que la Vierge Marie voulait être honorée là où l’on avait exhumé sa statue. Ce fait dût se passer vers la fin du XVIe siècle.
La statue dorée de Notre-Dame
La statue dorée que nous honorons à la Peinière remonterait au XVIe siècle : L’étude de son costume, le voile ou guimpe qui recouvre sa tête et qui descend en pointe au milieu du front, à la mode au temps de Catherine de Médicis, permet de dater la statue aux environs de 1550.
On pense qu’elle aurait appartenu à un ermite qui habitait le village et l’aurait quittée du fait des guerres de religion. L’actuelle statue, placée habituellement dans la chapelle, est assez petite et sculptée de façon très simple. Jusqu’aux fêtes du couronnement, en 1926, la statue était minuscule, quelques centimètres de bois doré seulement. En effet, il ne restait plus que la tête et le buste : ceci dû sans doute, soit à une mutilation, datant peut être de l’époque révolutionnaire, soit à une décomposition du bois au cours des âges ; la partie conservée menaçait de tomber en poussière.
A l’occasion du couronnement en 1926, on lui fit retrouver forme et taille primitives. Le sculpteur de cette statue n’a sans doute pas pensé qu’elle attirerait les foules à ses pieds. Comme un iconographe, il a voulu faire passer à travers son œuvre, quelque chose de ses états d’âme. Qui était-il ? Et qu’a-t-il voulu dire à la Vierge ? Suivant une tradition populaire, c’est un ermite qui a voulu montrer Marie, le visage penché vers la terre.
Elle ramène son bras gauche sur son Cœur, et de la main droite elle retient son manteau. A la voir, on ne peut s’empêcher de penser au passage de l’Évangile : Marie conservait toutes ces choses dans son Cœur. On pourrait lui donner le titre de Notre Dame de la Vie intérieure ou de Notre Dame du Recueillement. Cette attitude répondrait bien aux désirs d’un ermite. Une autre explication a cependant prévalu : L’artiste a confié ses peines à la Vierge et c’est pourquoi elle penche vers lui son visage, que l’on dit triste, pour écouter ses enfants de la terre. Elle ramène son bras gauche sur son Cœur, pour montrer qu’elle garde précieusement tout ce que l’on confie à Son Cœur Maternel, et de sa main droite, elle retient son manteau pour faire voir avec quel point « elle protège ceux qui se réfugient près d’elle ».
Chanoine Durocher
La statue évoque une attitude d’écoute. Elle nous parle de la vie intérieure et du recueillement de Marie. Notre-Dame reçoit les confidences des pèlerins et elle les transmet à son Fils Jésus. La main droite sur son sein nous dit le mystère de la virginité féconde. La pureté du cœur dit quelque chose de la pureté de Dieu. La virginité signifie l’intégrité de la foi.




